Premier prix académique du Collège du Renseignement en Europe : résumé des essais.
PREMIER PRIX :
Giacomo Leccese (Université LUISS Guido Carli, Italie) pour son essai intitulé : « La signature maritime : exploiter les données océanographiques comme source de renseignement pour la sécurité des infrastructures sous-marines »
RÉSUMÉ : « L’article examine la manière dont les capteurs océanographiques civils peuvent contribuer au recueil de renseignement destiné à la protection des infrastructures sous-marines critiques. Il s’articule autour de trois défis majeurs – la détection, l’attribution et le partage du renseignement – que la littérature académique identifie comme les principales difficultés posées par les menaces hybrides dans ce domaine. L’étude s’appuie sur une analyse contrefactuelle afin d’évaluer dans quelle mesure le recours à ces capteurs aurait pu améliorer le recueil de renseignement dans trois scénarios d’attaque : la militarisation de navires civils, les actes d’ingérence menés par des vecteurs submergés et les cyberattaques. Au-delà de son apport à un enjeu majeur de sécurité européenne, cette recherche contribue à la littérature scientifique en analysant le rôle du renseignement d’origine mesures et signatures (MASINT) dans la protection des infrastructures critiques, tout en mettant en lumière la dimension civile, encore peu étudiée, de cette discipline du renseignement. »
DEUX MENTIONS HONORABLES :
Clara Grothe (Université de Leyde) pour son essai intitulé : « Le choc allemand : à qui la faute ? Évaluation du rôle de l’articulation entre le renseignement et la décision politique dans l’échec à prévoir l’invasion russe de l’Ukraine »
RÉSUMÉ : « L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a révélé le manque de préparation de l’Allemagne et a conduit à d’importants changements de politique dans le cadre de la Zeitenwende (le « tournant d’époque »). Cet essai examine la manière dont les défaillances dans les relations entre les décideurs politiques et le Service fédéral de renseignement allemand (BND) ont contribué à l’incapacité de l’Allemagne à anticiper l’invasion. S’appuyant sur les critères d’évaluation proposés par Ikani et al. (2022), il soutient que les faiblesses de l’articulation entre le renseignement et la décision politique, en particulier la faible réceptivité des décideurs aux évaluations des services de renseignement, ont compromis la capacité de l’Allemagne à agir sur la base des alertes précoces. L’essai conclut en identifiant des enseignements susceptibles de renforcer les relations entre les services de renseignement et les autorités politiques, afin d’éviter que des défaillances similaires ne se reproduisent à l’avenir. »
Étudiant à l’anonymat préservé (Université de la Bundeswehr, Munich) pour son essai intitulé : « Absence de l’action (discursive) – Qu’est-ce qu’une méthode en analyse du renseignement et pourquoi est-il nécessaire d’en proposer une définition plus précise ? »
RÉSUMÉ : « Malgré l’abondance des travaux consacrés à la méthodologie de l’analyse du renseignement, il n’existe pas de définition commune, exhaustive et précise de la notion de « méthode » dans ce domaine. En examinant l’usage de ce terme dans des articles scientifiques accessibles au public, ainsi que dans des monographies et ouvrages collectifs faisant autorité, cet essai développe l’argument selon lequel le terme renvoie actuellement à au moins trois conceptions distinctes : 1) la méthode comme processus d’organisation ; 2) la méthode comme ensemble d’opérations appliquées aux données brutes ; ou 3) la méthode comme exercice cognitif destiné à soutenir la réflexion critique de l’analyste. À partir de cette typologie, l’essai soutient qu’il est nécessaire de distinguer clairement ces différents sens afin d’améliorer la qualité de l’analyse du renseignement, en partant du principe que cette qualité doit être évaluée à l’aune de la bonne application des méthodes, et non uniquement à travers les résultats produits par l’analyse. »